Néandertal
en vous : comprendre vos pourcentages d’ADN néandertalien et
dénisovien
Vous portez probablement entre 1 et 4 % d’ADN néandertalien
dans vos chromosomes. Si vous êtes français, ce
pourcentage de Néandertal tourne autour de 2 %,
accompagné de traces infimes — souvent indétectables — d’ADN
dénisovien. Une fraction modeste mais bien réelle, héritée
d’une autre espèce humaine éteinte il y a quelque 40 000 ans. Cet
article explique d’où vient ce chiffre, qui peut le calculer en
2026, ce qu’il dit de vos lointains aïeux et ce qu’il
ne dit pas de vous.
Pour mesurer ce que cela représente concrètement : il y a environ 90
000 ans, dans une grotte des montagnes de l’Altaï en Sibérie, une jeune
fille d’une treizaine d’années est morte. Ses os y sont restés jusqu’à
ce qu’une équipe de paléogénéticiens en exhume un fragment et en
séquence l’ADN. Le résultat, publié dans Nature en août 2018, a
stupéfié la communauté scientifique. Cette adolescente, surnommée
Denny par les chercheurs, n’était ni Néandertalienne,
ni Dénisovienne, ni Homo sapiens. Elle était la fille directe
d’une mère néandertalienne et d’un père
dénisovien. Pas une descendante lointaine. Sa mère et son père
appartenaient à deux espèces humaines différentes, et ils avaient eu un
enfant ensemble. Vous, lecteur non-Africain, portez en miniature la
trace génétique de rencontres comparables — c’est ce que la
paléogénétique post-Svante Pääbo
(prix Nobel de médecine 2022) sait aujourd’hui mesurer dans votre
génome.
À retenir — votre pourcentage de Néandertal en 30
secondes
- Les non-Africains portent en moyenne 1 à 4
% d’ADN néandertalien ; les Français, autour
de 1,8-2,1 %.- L’ADN dénisovien est quasi absent chez les
Européens (< 0,1 %, souvent indétectable) ; il
atteint 3 à 6 % chez les Mélanésiens.- Ces fragments proviennent d’hybridations datées il
y a environ 50 000 ans, hors d’Afrique.- Tous les humains modernes portent un peu d’ADN
néandertalien, y compris les Africains subsahariens (~0,2-0,3 %,
Chen et al., Cell, 2020).- En 2026, 23andMe reste le seul grand laboratoire
grand public à proposer un Neanderthal Ancestry Report (statut
entrepreneurial fragile, vérifier la disponibilité). MyHeritage
et AncestryDNA n’ont jamais proposé ce calcul.
GEDmatch propose un calculateur gratuit pour les
personnes déjà testées ailleurs.- Ce % ne définit pas votre apparence, votre santé ou
votre identité : il raconte une histoire de lignée, pas
un destin individuel.
D’où viennent
ces pourcentages d’ADN néandertalien ?
Les Néandertaliens (Homo neanderthalensis) et les
Dénisoviens étaient deux espèces humaines sœurs de la
nôtre, descendant d’un ancêtre commun à Homo sapiens il y a
environ 600 000 ans. Pendant que les ancêtres des sapiens évoluaient en
Afrique, ceux des Néandertaliens s’installaient à l’ouest de l’Eurasie
(Europe, Moyen-Orient, jusqu’à la Sibérie occidentale), et ceux des
Dénisoviens plus à l’est (Asie centrale et probablement Asie du
Sud-Est).
Quand les premières populations sapiens ont quitté l’Afrique pour
l’Eurasie, il y a entre 47 000 et 65 000 ans selon les datations les
plus récentes — retenez l’ordre de grandeur de 50 000
ans —, elles ont rencontré ces cousins lointains et ont eu des
enfants avec eux. L’hybridation n’a pas été un événement unique : c’est
un processus étalé sur plusieurs millénaires, avec
plusieurs vagues distinctes de rencontres. Les génomes
anciens de Bacho Kiro (Bulgarie, 2020) et de Zlatý kůň (République
tchèque, 2021) ont révélé que les premiers sapiens européens avaient
leurs ancêtres néandertaliens à seulement cinq à sept
générations en arrière. Pour eux, ce n’était pas une histoire
ancienne : c’était l’histoire familiale récente.
Comme l’hybridation s’est produite après la sortie
d’Afrique, ce sont les populations qui ont quitté le continent qui en
portent l’essentiel. Les populations restées en Afrique en portent
beaucoup moins — mais pas zéro, comme nous le
verrons.
Svante
Pääbo, prix Nobel 2022 et naissance de la paléogénétique
Tout cela, nous le savons grâce à Svante Pääbo,
directeur du Département de génétique évolutionniste au Max Planck Institute
for Evolutionary Anthropology de Leipzig. Le 7 mai
2010, son équipe publie dans Science le premier
brouillon du génome néandertalien, séquencé à partir de
fragments osseux retrouvés dans la grotte de Vindija (Croatie). Quelques
mois plus tard, le 23 décembre 2010, l’équipe de David Reich (Harvard) publie
dans Nature la séquence d’un autre génome ancien, issu d’une
seule phalange retrouvée dans la grotte de Denisova : une
nouvelle espèce humaine, identifiée uniquement
par son ADN. Une première dans l’histoire de la science. Ils
sont nommés les Dénisoviens.
Le 3 octobre 2022, l’Académie
suédoise décerne à Pääbo le prix Nobel de médecine « pour ses
découvertes concernant les génomes d’hominines éteints et l’évolution
humaine ». C’est le premier Nobel attribué à la paléogénétique.
Lorsque vous lisez aujourd’hui « j’ai 1,8 % d’ADN néandertalien » sur un
rapport, c’est cette méthode-là, validée par un Nobel, qui rend possible
le chiffre.
Que
veut dire concrètement « 1,8 % de Néandertal » dans votre ADN ?
| Population | % ADN Néandertal | % ADN Dénisovien |
|---|---|---|
| Africains subsahariens | 0,2 % – 0,3 % | ≈ 0 % |
| Européens | 1,8 % – 2,4 % | 0,02 % – 0,2 % |
| Français spécifiquement | 1,8 % – 2,1 % | < 0,1 % |
| Asiatiques de l’Est | 1,9 % – 2,6 % | 0,1 % – 0,4 % |
| Mélanésiens | ≈ 2,0 % – 2,5 % | 3 % – 6 % |
Sources : Sankararaman et al. 2014, Nature ; Mallick et
al. 2016, Nature ; Sankararaman et al. 2016, Current
Biology ; Chen et al. 2020, Cell.
Les laboratoires comparent votre génome aux génomes archaïques de
référence (Vindija, Altaï, Chagyrskaya pour Néandertal ; Denisova 3 pour
Dénisovien). Quand un fragment de votre ADN ressemble plus à un génome
archaïque qu’à n’importe quel humain africain de référence, il est
probablement d’origine néandertalienne ou dénisovienne. La technique
scientifique pour décrire ce phénomène est
l’introgression.
Si vous comparez votre rapport 23andMe avec un calcul GEDmatch, vous
risquez de voir un écart de 0,2 à 0,5 point sur la même
personne. Trois raisons : algorithme différent, génome de référence
différent, couverture de séquençage différente. Les pourcentages sont
des estimations avec marges, pas des vérités
absolues.
Ce
que représentent vraiment ces 2 % de Néandertal en lettres d’ADN
Le génome humain compte environ 3,2 milliards de paires de
bases. Si vous portez 2 % de Néandertal, cela représente
environ 64 millions de lettres d’ADN d’origine
néandertalienne — l’équivalent de la taille d’un chromosome
entier en volume. Mais ces fragments ne forment pas un
chromosome groupé. Ils sont éparpillés en plusieurs
centaines de petits segments (de 50 000 à 80 000
lettres chacun), intercalés avec votre ADN sapiens. Sur les 20 000 gènes
humains, vous portez probablement 100 à 200 versions
néandertaliennes (Sankararaman et al., Nature,
2014).
Encadré : % de génome ≠ % de gènes
- 2 % du génome = 2 % des « lettres » de votre ADN (≈
64 millions sur 3,2 milliards).- Cela correspond à environ 100-200 versions néandertaliennes
de gènes sur 20 000 gènes humains, soit moins de 1 % de
vos gènes.Les deux chiffres sont vrais : ce sont deux unités différentes (ADN
total versus nombre de gènes affectés).
Une étude de Vernot et Akey (Science, 2014) a démontré que
différents Européens portent différents fragments
néandertaliens. En additionnant tous les fragments présents
chez tous les Européens vivants, on récupère environ 40 % du
génome néandertalien total, dispersé en mosaïque dans la
population européenne moderne.
L’ADN
dénisovien, le grand absent des Européens (et des Français)
C’est en Mélanésie — Papouasie-Nouvelle-Guinée,
Australie aborigène — que l’héritage dénisovien est le plus visible :
3 à 6 % du génome. Pour un Français, le pourcentage est
inférieur à 0,1 %, le plus souvent indétectable. La
géographie ancienne explique tout : les Dénisoviens vivaient en Asie, et
les ancêtres des Européens n’ont quasiment pas croisé leur route.
Un cas illustre l’héritage dénisovien : le gène
EPAS1 chez les Tibétains, qui leur
permet de vivre à plus de 4 000 mètres d’altitude sans souffrir de
polyglobulie ni d’hypertension pulmonaire. Le variant utile provient
très probablement des Dénisoviens, ou d’une population archaïque proche
d’eux (Huerta-Sánchez et al., Nature, 2014). C’est
l’exemple le plus emblématique d’introgression
adaptative : un cadeau évolutif venu d’une espèce éteinte, qui
a permis à Homo sapiens de coloniser un environnement qu’il
n’aurait pas pu habiter autrement.
Comment
connaître son pourcentage de Néandertal ? Les outils en 2026
Le paysage des outils s’est considérablement appauvri depuis
2018-2020.
23andMe a
lancé son Neanderthal Ancestry Report en décembre 2011 —
première fonctionnalité grand public au monde sur ce sujet. À la date de
publication de cet article (mai 2026), c’est la seule grande
société de tests ADN grand public à proposer ce calcul. Elle
traverse cependant une phase de turbulences entrepreneuriales depuis
2024. Vérifiez la disponibilité du service sur 23andme.com avant
tout achat.
Ni MyHeritage, ni AncestryDNA n’ont jamais proposé
de calcul d’ADN néandertalien ou dénisovien. C’est un choix de
positionnement : ces deux services se concentrent sur
l’ethnicité moderne et le matching ADN avec des cousins
vivants. Si vous hésitez entre eux pour d’autres raisons, notre comparatif
détaillé MyHeritage vs Ancestry pour les Français tranche par profil
utilisateur — mais retenez que ni l’un ni l’autre ne vous
donnera votre pourcentage néandertalien.
GEDmatch
propose un calculateur gratuit baptisé Archaic DNA Matches,
accessible aux Français déjà testés chez n’importe quel laboratoire
(MyHeritage, Ancestry, FTDNA, LivingDNA). Vous exportez vos données
brutes, vous les uploadez sur GEDmatch, et l’outil compare votre ADN aux
génomes archaïques de référence. Méthodologie communautaire, non
peer-reviewed, mais cohérente avec les approches scientifiques.
Vérifiez son statut actuel sur gedmatch.com.
Promethease (fermé en juillet 2021) et
DNA.Land (fermé en 2020) sont définitivement
inaccessibles. Restent quelques alternatives payantes :
Sequencing.com (apps tierces, 10-15 USD chacune),
Genomelink (~9-14 USD/mois), et surtout Nebula
Genomics qui propose du séquençage du génome entier avec
rapport archaïque inclus (~250-300 USD) — l’option la plus rigoureuse du
marché grand public.
| Service | % Néandertal | % Dénisovien | Coût | Statut mai 2026 |
|---|---|---|---|---|
| 23andMe | Oui | Non | ~99-199 USD | À confirmer (instable) |
| AncestryDNA / MyHeritage | Non | Non | – | Ne le proposent pas |
| GEDmatch | Oui | Oui | Gratuit | À confirmer |
| Nebula Genomics (WGS) | Oui | Oui | ~250-300 USD | À confirmer |
| Promethease / DNA.Land | Fermé | Fermé | – | Fermés (2020-2021) |
Si vous n’avez pas encore fait de test ADN, notre guide
pour commander un test ADN en France en 2026 détaille la procédure
pas à pas.
Pourcentage
d’ADN néandertalien moyen chez les Français : que dit votre rapport
?
Encadré : profil français — ce que vous lirez probablement
sur votre rapportUn Français moyen porte environ 1,8 à 2,1 % d’ADN
néandertalien dans son génome — soit environ 60 millions de
lettres d’ADN d’origine néandertalienne, intercalées en plusieurs
centaines de petits segments dans ses 23 paires de chromosomes.Pour l’ADN dénisovien, moins de 0,1 % en moyenne, le
plus souvent indétectable. Si votre rapport affiche 0,0 %, c’est
statistiquement attendu : ni une erreur, ni un appauvrissement. Les
Dénisoviens vivaient en Asie ; les ancêtres des Européens n’ont
quasiment pas croisé leur route.Sources : Mallick et al. 2016 (Simons Genome Diversity Project) ;
Sankararaman et al. 2014 et 2016.
Aucune étude génétique n’a démontré de variation régionale
significative du pourcentage d’ADN néandertalien entre régions
françaises. Un Breton, un Provençal, un Alsacien et un Corse auront des
pourcentages comparables. Les variations régionales documentées
concernent l’ADN ethnique moderne (origines
géographiques sapiens des derniers siècles), pas l’ADN archaïque qui
remonte à 50 000 ans.
Quels
traits avez-vous hérités de Néandertal ? Ce que la science a
documenté
Les variants d’origine néandertalienne ne sont pas du « bruit » dans
notre génome :
- Système immunitaire : plusieurs sous-types
d’allèles HLA sont d’origine archaïque (Abi-Rached et al.,
Science, 2011). Les récepteurs Toll-like TLR1, TLR6 et
TLR10 portent également des variants archaïques (Dannemann et al.,
AJHG, 2016). - Pigmentation et kératinisation : plusieurs variants
liés à la pigmentation de la peau, à la kératinisation des cheveux ou à
la pilosité retrouvés chez les Européens et Asiatiques modernes sont
d’origine néandertalienne (gènes BNC2, POU2F3, MAFB notamment). Mais la
pigmentation humaine est polygénique : plus de cinquante gènes y
participent. L’influence néandertalienne est statistique, pas
déterministe. Avoir des taches de rousseur ne signifie pas «
avoir hérité de Néandertal ». - Chronotype circadien : des variants néandertaliens
augmentent statistiquement la propension au chronotype matinal chez les
Européens (Velazquez-Arcelay et al., Genome Biology and
Evolution, 2023). - Phénotypes médicaux modestes : une étude de 2016
(Simonti et al., Science) a comparé les variants néandertaliens
de 28 000 patients américains à leurs dossiers médicaux. Certains
variants sont associés à un risque légèrement accru de dépression, à des
particularités du métabolisme lipidique ou à une sensibilité accrue à la
nicotine. Mais les effets sont modestes et
statistiques. Aucun variant ne « cause » une maladie à lui
seul.
ADN
néandertalien et COVID-19 : ce que disent vraiment les études
Zeberg-Pääbo
En 2020 puis 2021, Hugo Zeberg et Svante Pääbo ont publié deux études
marquantes : un fragment d’ADN d’origine néandertalienne, sur le
chromosome 3, est associé à un risque accru de forme
sévère de la COVID-19 (les porteurs ont environ 1,6 fois plus de
risque que les non-porteurs, toutes choses égales par
ailleurs). Un autre fragment, sur le chromosome 12, est
au contraire associé à une protection (réduction de risque d’environ 20
%).
Ces résultats illustrent que l’ADN archaïque continue d’influencer
notre biologie — mais ils n’autorisent aucune conclusion
individuelle. La COVID-19 sévère reste une maladie
multifactorielle où l’âge, les comorbidités, l’immunité préexistante et
l’exposition virale pèsent bien plus que la génétique. Porter le
variant à risque n’est pas une condamnation. Ne pas le porter ne protège
pas. Les formules entendues çà et là — « le gène néandertalien
qui tue » — relèvent de la mauvaise vulgarisation.
Ce
que votre pourcentage de Néandertal NE dit PAS de vous
Encadré : ADN archaïque ≠ origines ethniques
modernesNe confondez pas deux choses très différentes que les laboratoires
affichent souvent dans le même rapport :
L’ADN archaïque (Néandertal, Dénisovien) :
héritage d’événements d’hybridation il y a 50 000 à 60 000 ans.
Pourcentages très petits (0 à 6 %). Représente nos cousins humains
éteints. Échelle : 50 000 ans.L’ADN ethnique moderne (carte 23andMe,
MyHeritage) : estimation de la répartition géographique de vos
ancêtres Homo sapiens sur les 500 à 2 000 dernières années.
Pourcentages additionnant à 100 %. Représente vos racines récentes.
Échelle : 500 à 2 000 ans.Avoir « 2 % de Néandertal » n’a rien à voir avec être « 50 % français
+ 30 % italien + 20 % espagnol » sur votre carte ethnique. Pour aller
plus loin, lisez notre guide pour interpréter
vos résultats de test ADN.
L’image de l’« homme des cavernes » poilu, mâchoire prognathe — c’est
une caricature qui ne dit rien des Néandertaliens réels (cerveaux aussi
gros que les nôtres, outils sophistiqués, sépultures, probablement un
langage). Surtout, ce n’est pas parce que vous portez 2 % d’ADN
néandertalien que vous ressemblez à un Néandertalien. Votre
apparence dépend de milliers de gènes, et l’écrasante majorité sont
sapiens. Attention aussi à une confusion fréquente : «
Cro-Magnon » désigne des Homo sapiens anciens, pas des
Néandertaliens. Les deux espèces ont coexisté en Europe pendant
5 000 à 10 000 ans, mais Cro-Magnon est notre lignée, pas la leur.
Pas
de hiérarchie : tous les humains portent de l’ADN néandertalien
Une étude majeure publiée dans Cell en 2020 (Chen et al.) a
montré que les Africains subsahariens portent en réalité environ
0,2 à 0,3 % d’ADN néandertalien — pas zéro. Ce résultat, dû à
des migrations de retour d’Eurasiens vers l’Afrique il y a environ 20
000 ans, a une portée fondamentale : tous les humains modernes,
sans exception, portent une trace d’ADN néandertalien. La
quantité varie selon les populations (de 0,2 % en Afrique subsaharienne
à 2-2,5 % en Eurasie), mais l’humanité entière est génétiquement liée à
ses cousins disparus. Cet héritage n’est ni européen, ni asiatique, ni
africain. Il est humain.
La
notion de « race » n’a aucun sens génétique en paléogénétique
Tous les Homo sapiens vivants partagent 99,9 % de
leur ADN. Les variations génétiques entre deux Européens pris
au hasard sont, en moyenne, plus grandes que les variations moyennes
entre un Européen et un Africain. La diversité génétique humaine est
continue, pas catégorielle. Avoir 2 % d’ADN néandertalien ne fait pas de
vous « plus européen » ou « plus eurasien » que quelqu’un d’autre. Cela
signifie simplement que vos ancêtres ont voyagé hors d’Afrique il y a 50
000 à 60 000 ans. Et puisque tous les humains modernes — y compris
africains — portent un peu d’ADN néandertalien,
personne n’a un « capital archaïque » qui le
distinguerait des autres comme étant « plus pur ». Les tentatives de
récupération identitaire de la paléogénétique reposent sur un contresens
scientifique total.
Votre 2 %
de Néandertal : statistique, pas déterministe
Votre 2 % d’ADN néandertalien ne fait pas de vous un type d’humain
particulier. Il ne dit rien de votre apparence, de votre intelligence,
de votre tempérament, de votre santé. Il dit seulement quelque chose de
l’histoire profonde de votre lignée : il y a environ 50
000 ans, quelques-uns de vos ancêtres ont rencontré des Néandertaliens.
Ils ont eu des enfants ensemble. Et 2 000 générations plus tard, vous
êtes là, avec un peu d’eux dans vos chromosomes. C’est une
histoire, pas un destin.
FAQ — ADN
néandertalien et dénisovien : vos questions
Tous les
humains ont-ils de l’ADN néandertalien ?
Oui, à des degrés très différents. Les non-Africains en portent en
moyenne 1 à 4 %. Les Africains subsahariens en portent environ 0,2 à 0,3
%, en raison de migrations de retour il y a environ 20 000 ans (Chen
et al., 2020). Aucune population humaine vivante n’a 0
%.
Comment
connaître mon pourcentage exact d’ADN néandertalien ?
En mai 2026, 23andMe propose un Neanderthal
Ancestry Report intégré (vérifiez la disponibilité actuelle). Si
vous êtes déjà testé ailleurs, exportez vos données brutes et
uploadez-les gratuitement sur GEDmatch pour utiliser
son calculateur Archaic DNA Matches. Pour la précision
maximale, Nebula Genomics propose du séquençage du
génome entier avec rapport archaïque inclus (~250-300 USD).
MyHeritage
ou Ancestry donnent-ils le pourcentage néandertalien ?
Non, ni l’un ni l’autre. MyHeritage et AncestryDNA
n’ont jamais proposé ce calcul. Les deux services se concentrent sur
l’ethnicité moderne et le matching ADN avec des cousins vivants. Si vous
êtes déjà client de l’un des deux et curieux de votre pourcentage
archaïque, exportez vos données brutes et uploadez-les sur GEDmatch
(gratuit). Pour comparer ces deux laboratoires sur leurs cœurs de
métier, consultez notre comparatif
MyHeritage vs Ancestry pour les Français.
Quelle
est la moyenne d’ADN néandertalien chez un Français ?
Environ 1,8 à 2,1 % de Néandertal, et moins de 0,1 %
de Dénisovien (souvent indétectable). Aucune variation régionale
française significative n’a été démontrée scientifiquement.
Peut-on
hériter plus de Néandertal d’un parent que de l’autre ?
Oui, théoriquement. Vous héritez de 50 % de l’ADN de chacun de vos
parents, mais pas exactement des mêmes 50 %. Les écarts au sein d’une
population restent modestes — généralement inférieurs à 0,5 point.
Cro-Magnon,
est-ce la même chose que Néandertal ?
Non. Cro-Magnon désigne des Homo sapiens
anciens — les premiers de notre espèce arrivés en Europe il y a environ
45 000 ans. Néandertaliens et Cro-Magnons (sapiens) ont coexisté en
Europe pendant environ 5 000 à 10 000 ans. Les Néandertaliens se sont
éteints il y a environ 40 000 ans ; les Cro-Magnons sont devenus les
Européens d’aujourd’hui.
Conclusion : une histoire
partagée
Quand Svante
Pääbo a reçu son prix Nobel en 2022, c’est aussi une certaine
manière de raconter notre espèce qui a été récompensée — moins
solitaire, moins « pure » que ne le suggéraient les manuels du siècle
dernier. Homo sapiens n’a pas conquis la planète seul. Il a
rencontré d’autres humanités, il s’est mélangé à elles, et il en porte
encore les traces dans chacune de ses cellules.
Votre 1,8 % ou 2,1 % de Néandertal, et votre quasi-rien de Dénisovien
si vous êtes français, ne disent rien de qui vous êtes en tant que
personne. Ils racontent simplement, en filigrane, une histoire
de lignée : il y a 2 000 générations, quelques-uns de vos aïeux
ont rencontré ceux de quelqu’un d’autre, et un peu d’eux est resté. Cet
héritage est partagé par les 6 milliards d’humains non-africains, et —
depuis Chen et al. 2020 — par les 2 milliards d’autres aussi, en plus
petite proportion. Tout le monde a du Néandertal en
soi. C’est sans doute la leçon scientifique la plus importante
des quinze dernières années en paléogénétique : nous sommes une humanité
tressée, pas une lignée pure.
Si la curiosité vous prend de connaître votre propre pourcentage de
Néandertal, et que vous n’avez encore jamais fait de test ADN, notre guide
pour commander un test ADN généalogique en France en 2026 explique
pas à pas comment procéder, légalement et au meilleur prix. Et si vous
êtes déjà testé mais perdu dans votre rapport, notre guide pour interpréter
ses résultats de test ADN vous accompagne dans la lecture des
centimorgans, des origines ethniques modernes — à ne pas confondre avec
votre ADN archaïque — et de la liste de cousins génétiques. Pour distinguer ce partage récent (mesuré en centimorgans avec vos cousins vivants) du pourcentage d’ADN néandertalien hérité il y a 50 000 ans, consultez notre tableau des centimorgans par lien de parenté.
Pour aller plus loin sur le plan scientifique, nous recommandons la
lecture de Svante Pääbo, L’Homme de Néandertal : à la recherche des
génomes perdus (Les Belles Lettres, 2015), et la consultation des
dossiers de Pour la Science
ou de La Recherche sur la
paléogénétique. Le Musée de
l’Homme à Paris consacre régulièrement des expositions à cette
discipline qui reste, quinze ans après ses débuts grand public, l’un des
champs les plus fascinants de la biologie contemporaine. Côté recherche
internationale, les sites du Max Planck Institute for
Evolutionary Anthropology (Leipzig) et du Reich Lab (Harvard) publient
régulièrement des actualités accessibles en anglais.
Article rédigé le 9 mai 2026 par l’équipe Racines ADN. Sources
scientifiques principales : Green et al. 2010 (Science), Reich
et al. 2010 (Nature), Sankararaman et al. 2014
(Nature), Vernot & Akey 2014 (Science),
Huerta-Sánchez et al. 2014 (Nature), Mallick et al. 2016
(Nature), Sankararaman et al. 2016 (Current Biology),
Slon et al. 2018 (Nature), Chen et al. 2020 (Cell),
Zeberg & Pääbo 2020 (Nature) et 2021 (PNAS),
Velazquez-Arcelay et al. 2023 (GBE). Les statuts des
laboratoires mentionnés (23andMe, GEDmatch, Sequencing.com, Genomelink,
Nebula Genomics) doivent être vérifiés à la date de votre lecture sur
leurs sites officiels respectifs.
