Néandertal en vous : comprendre vos pourcentages d’ADN néandertalien et dénisovien

Vos pourcentages d'ADN néandertalien et dénisovien expliqués sans sensationnalisme. Sources scientifiques post-Pääbo Nobel 2022, profil français moyen (~2%), et le point complet sur les laboratoires qui calculent encore ces chiffres en 2026.

Néandertal en vous : comprendre vos pourcentages d’ADN néandertalien et dénisovien

Vous portez probablement entre 1 et 4 % d’ADN néandertalien dans vos chromosomes. Si vous êtes français, ce pourcentage de Néandertal tourne autour de 2 %, accompagné de traces infimes — souvent indétectables — d’ADN dénisovien. Une fraction modeste mais bien réelle, héritée d’une autre espèce humaine éteinte il y a quelque 40 000 ans. Cet article explique d’où vient ce chiffre, qui peut le calculer en 2026, ce qu’il dit de vos lointains aïeux et ce qu’il ne dit pas de vous.

Pour mesurer ce que cela représente concrètement : il y a environ 90 000 ans, dans une grotte des montagnes de l’Altaï en Sibérie, une jeune fille d’une treizaine d’années est morte. Ses os y sont restés jusqu’à ce qu’une équipe de paléogénéticiens en exhume un fragment et en séquence l’ADN. Le résultat, publié dans Nature en août 2018, a stupéfié la communauté scientifique. Cette adolescente, surnommée Denny par les chercheurs, n’était ni Néandertalienne, ni Dénisovienne, ni Homo sapiens. Elle était la fille directe d’une mère néandertalienne et d’un père dénisovien. Pas une descendante lointaine. Sa mère et son père appartenaient à deux espèces humaines différentes, et ils avaient eu un enfant ensemble. Vous, lecteur non-Africain, portez en miniature la trace génétique de rencontres comparables — c’est ce que la paléogénétique post-Svante Pääbo (prix Nobel de médecine 2022) sait aujourd’hui mesurer dans votre génome.

À retenir — votre pourcentage de Néandertal en 30 secondes

  • Les non-Africains portent en moyenne 1 à 4 % d’ADN néandertalien ; les Français, autour de 1,8-2,1 %.
  • L’ADN dénisovien est quasi absent chez les Européens (< 0,1 %, souvent indétectable) ; il atteint 3 à 6 % chez les Mélanésiens.
  • Ces fragments proviennent d’hybridations datées il y a environ 50 000 ans, hors d’Afrique.
  • Tous les humains modernes portent un peu d’ADN néandertalien, y compris les Africains subsahariens (~0,2-0,3 %, Chen et al., Cell, 2020).
  • En 2026, 23andMe reste le seul grand laboratoire grand public à proposer un Neanderthal Ancestry Report (statut entrepreneurial fragile, vérifier la disponibilité). MyHeritage et AncestryDNA n’ont jamais proposé ce calcul. GEDmatch propose un calculateur gratuit pour les personnes déjà testées ailleurs.
  • Ce % ne définit pas votre apparence, votre santé ou votre identité : il raconte une histoire de lignée, pas un destin individuel.

D’où viennent ces pourcentages d’ADN néandertalien ?

Les Néandertaliens (Homo neanderthalensis) et les Dénisoviens étaient deux espèces humaines sœurs de la nôtre, descendant d’un ancêtre commun à Homo sapiens il y a environ 600 000 ans. Pendant que les ancêtres des sapiens évoluaient en Afrique, ceux des Néandertaliens s’installaient à l’ouest de l’Eurasie (Europe, Moyen-Orient, jusqu’à la Sibérie occidentale), et ceux des Dénisoviens plus à l’est (Asie centrale et probablement Asie du Sud-Est).

Quand les premières populations sapiens ont quitté l’Afrique pour l’Eurasie, il y a entre 47 000 et 65 000 ans selon les datations les plus récentes — retenez l’ordre de grandeur de 50 000 ans —, elles ont rencontré ces cousins lointains et ont eu des enfants avec eux. L’hybridation n’a pas été un événement unique : c’est un processus étalé sur plusieurs millénaires, avec plusieurs vagues distinctes de rencontres. Les génomes anciens de Bacho Kiro (Bulgarie, 2020) et de Zlatý kůň (République tchèque, 2021) ont révélé que les premiers sapiens européens avaient leurs ancêtres néandertaliens à seulement cinq à sept générations en arrière. Pour eux, ce n’était pas une histoire ancienne : c’était l’histoire familiale récente.

Comme l’hybridation s’est produite après la sortie d’Afrique, ce sont les populations qui ont quitté le continent qui en portent l’essentiel. Les populations restées en Afrique en portent beaucoup moins — mais pas zéro, comme nous le verrons.

Svante Pääbo, prix Nobel 2022 et naissance de la paléogénétique

Tout cela, nous le savons grâce à Svante Pääbo, directeur du Département de génétique évolutionniste au Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology de Leipzig. Le 7 mai 2010, son équipe publie dans Science le premier brouillon du génome néandertalien, séquencé à partir de fragments osseux retrouvés dans la grotte de Vindija (Croatie). Quelques mois plus tard, le 23 décembre 2010, l’équipe de David Reich (Harvard) publie dans Nature la séquence d’un autre génome ancien, issu d’une seule phalange retrouvée dans la grotte de Denisova : une nouvelle espèce humaine, identifiée uniquement par son ADN. Une première dans l’histoire de la science. Ils sont nommés les Dénisoviens.

Le 3 octobre 2022, l’Académie suédoise décerne à Pääbo le prix Nobel de médecine « pour ses découvertes concernant les génomes d’hominines éteints et l’évolution humaine ». C’est le premier Nobel attribué à la paléogénétique. Lorsque vous lisez aujourd’hui « j’ai 1,8 % d’ADN néandertalien » sur un rapport, c’est cette méthode-là, validée par un Nobel, qui rend possible le chiffre.


Que veut dire concrètement « 1,8 % de Néandertal » dans votre ADN ?

Population % ADN Néandertal % ADN Dénisovien
Africains subsahariens 0,2 % – 0,3 % ≈ 0 %
Européens 1,8 % – 2,4 % 0,02 % – 0,2 %
Français spécifiquement 1,8 % – 2,1 % < 0,1 %
Asiatiques de l’Est 1,9 % – 2,6 % 0,1 % – 0,4 %
Mélanésiens ≈ 2,0 % – 2,5 % 3 % – 6 %

Sources : Sankararaman et al. 2014, Nature ; Mallick et al. 2016, Nature ; Sankararaman et al. 2016, Current Biology ; Chen et al. 2020, Cell.

Les laboratoires comparent votre génome aux génomes archaïques de référence (Vindija, Altaï, Chagyrskaya pour Néandertal ; Denisova 3 pour Dénisovien). Quand un fragment de votre ADN ressemble plus à un génome archaïque qu’à n’importe quel humain africain de référence, il est probablement d’origine néandertalienne ou dénisovienne. La technique scientifique pour décrire ce phénomène est l’introgression.

Si vous comparez votre rapport 23andMe avec un calcul GEDmatch, vous risquez de voir un écart de 0,2 à 0,5 point sur la même personne. Trois raisons : algorithme différent, génome de référence différent, couverture de séquençage différente. Les pourcentages sont des estimations avec marges, pas des vérités absolues.

Ce que représentent vraiment ces 2 % de Néandertal en lettres d’ADN

Le génome humain compte environ 3,2 milliards de paires de bases. Si vous portez 2 % de Néandertal, cela représente environ 64 millions de lettres d’ADN d’origine néandertalienne — l’équivalent de la taille d’un chromosome entier en volume. Mais ces fragments ne forment pas un chromosome groupé. Ils sont éparpillés en plusieurs centaines de petits segments (de 50 000 à 80 000 lettres chacun), intercalés avec votre ADN sapiens. Sur les 20 000 gènes humains, vous portez probablement 100 à 200 versions néandertaliennes (Sankararaman et al., Nature, 2014).

Encadré : % de génome ≠ % de gènes

  • 2 % du génome = 2 % des « lettres » de votre ADN (≈ 64 millions sur 3,2 milliards).
  • Cela correspond à environ 100-200 versions néandertaliennes de gènes sur 20 000 gènes humains, soit moins de 1 % de vos gènes.

Les deux chiffres sont vrais : ce sont deux unités différentes (ADN total versus nombre de gènes affectés).

Une étude de Vernot et Akey (Science, 2014) a démontré que différents Européens portent différents fragments néandertaliens. En additionnant tous les fragments présents chez tous les Européens vivants, on récupère environ 40 % du génome néandertalien total, dispersé en mosaïque dans la population européenne moderne.

L’ADN dénisovien, le grand absent des Européens (et des Français)

C’est en Mélanésie — Papouasie-Nouvelle-Guinée, Australie aborigène — que l’héritage dénisovien est le plus visible : 3 à 6 % du génome. Pour un Français, le pourcentage est inférieur à 0,1 %, le plus souvent indétectable. La géographie ancienne explique tout : les Dénisoviens vivaient en Asie, et les ancêtres des Européens n’ont quasiment pas croisé leur route.

Un cas illustre l’héritage dénisovien : le gène EPAS1 chez les Tibétains, qui leur permet de vivre à plus de 4 000 mètres d’altitude sans souffrir de polyglobulie ni d’hypertension pulmonaire. Le variant utile provient très probablement des Dénisoviens, ou d’une population archaïque proche d’eux (Huerta-Sánchez et al., Nature, 2014). C’est l’exemple le plus emblématique d’introgression adaptative : un cadeau évolutif venu d’une espèce éteinte, qui a permis à Homo sapiens de coloniser un environnement qu’il n’aurait pas pu habiter autrement.


Comment connaître son pourcentage de Néandertal ? Les outils en 2026

Le paysage des outils s’est considérablement appauvri depuis 2018-2020.

23andMe a lancé son Neanderthal Ancestry Report en décembre 2011 — première fonctionnalité grand public au monde sur ce sujet. À la date de publication de cet article (mai 2026), c’est la seule grande société de tests ADN grand public à proposer ce calcul. Elle traverse cependant une phase de turbulences entrepreneuriales depuis 2024. Vérifiez la disponibilité du service sur 23andme.com avant tout achat.

Ni MyHeritage, ni AncestryDNA n’ont jamais proposé de calcul d’ADN néandertalien ou dénisovien. C’est un choix de positionnement : ces deux services se concentrent sur l’ethnicité moderne et le matching ADN avec des cousins vivants. Si vous hésitez entre eux pour d’autres raisons, notre comparatif détaillé MyHeritage vs Ancestry pour les Français tranche par profil utilisateur — mais retenez que ni l’un ni l’autre ne vous donnera votre pourcentage néandertalien.

GEDmatch propose un calculateur gratuit baptisé Archaic DNA Matches, accessible aux Français déjà testés chez n’importe quel laboratoire (MyHeritage, Ancestry, FTDNA, LivingDNA). Vous exportez vos données brutes, vous les uploadez sur GEDmatch, et l’outil compare votre ADN aux génomes archaïques de référence. Méthodologie communautaire, non peer-reviewed, mais cohérente avec les approches scientifiques. Vérifiez son statut actuel sur gedmatch.com.

Promethease (fermé en juillet 2021) et DNA.Land (fermé en 2020) sont définitivement inaccessibles. Restent quelques alternatives payantes : Sequencing.com (apps tierces, 10-15 USD chacune), Genomelink (~9-14 USD/mois), et surtout Nebula Genomics qui propose du séquençage du génome entier avec rapport archaïque inclus (~250-300 USD) — l’option la plus rigoureuse du marché grand public.

Service % Néandertal % Dénisovien Coût Statut mai 2026
23andMe Oui Non ~99-199 USD À confirmer (instable)
AncestryDNA / MyHeritage Non Non Ne le proposent pas
GEDmatch Oui Oui Gratuit À confirmer
Nebula Genomics (WGS) Oui Oui ~250-300 USD À confirmer
Promethease / DNA.Land Fermé Fermé Fermés (2020-2021)

Si vous n’avez pas encore fait de test ADN, notre guide pour commander un test ADN en France en 2026 détaille la procédure pas à pas.


Pourcentage d’ADN néandertalien moyen chez les Français : que dit votre rapport ?

Encadré : profil français — ce que vous lirez probablement sur votre rapport

Un Français moyen porte environ 1,8 à 2,1 % d’ADN néandertalien dans son génome — soit environ 60 millions de lettres d’ADN d’origine néandertalienne, intercalées en plusieurs centaines de petits segments dans ses 23 paires de chromosomes.

Pour l’ADN dénisovien, moins de 0,1 % en moyenne, le plus souvent indétectable. Si votre rapport affiche 0,0 %, c’est statistiquement attendu : ni une erreur, ni un appauvrissement. Les Dénisoviens vivaient en Asie ; les ancêtres des Européens n’ont quasiment pas croisé leur route.

Sources : Mallick et al. 2016 (Simons Genome Diversity Project) ; Sankararaman et al. 2014 et 2016.

Aucune étude génétique n’a démontré de variation régionale significative du pourcentage d’ADN néandertalien entre régions françaises. Un Breton, un Provençal, un Alsacien et un Corse auront des pourcentages comparables. Les variations régionales documentées concernent l’ADN ethnique moderne (origines géographiques sapiens des derniers siècles), pas l’ADN archaïque qui remonte à 50 000 ans.

Quels traits avez-vous hérités de Néandertal ? Ce que la science a documenté

Les variants d’origine néandertalienne ne sont pas du « bruit » dans notre génome :

  • Système immunitaire : plusieurs sous-types d’allèles HLA sont d’origine archaïque (Abi-Rached et al., Science, 2011). Les récepteurs Toll-like TLR1, TLR6 et TLR10 portent également des variants archaïques (Dannemann et al., AJHG, 2016).
  • Pigmentation et kératinisation : plusieurs variants liés à la pigmentation de la peau, à la kératinisation des cheveux ou à la pilosité retrouvés chez les Européens et Asiatiques modernes sont d’origine néandertalienne (gènes BNC2, POU2F3, MAFB notamment). Mais la pigmentation humaine est polygénique : plus de cinquante gènes y participent. L’influence néandertalienne est statistique, pas déterministe. Avoir des taches de rousseur ne signifie pas « avoir hérité de Néandertal ».
  • Chronotype circadien : des variants néandertaliens augmentent statistiquement la propension au chronotype matinal chez les Européens (Velazquez-Arcelay et al., Genome Biology and Evolution, 2023).
  • Phénotypes médicaux modestes : une étude de 2016 (Simonti et al., Science) a comparé les variants néandertaliens de 28 000 patients américains à leurs dossiers médicaux. Certains variants sont associés à un risque légèrement accru de dépression, à des particularités du métabolisme lipidique ou à une sensibilité accrue à la nicotine. Mais les effets sont modestes et statistiques. Aucun variant ne « cause » une maladie à lui seul.

ADN néandertalien et COVID-19 : ce que disent vraiment les études Zeberg-Pääbo

En 2020 puis 2021, Hugo Zeberg et Svante Pääbo ont publié deux études marquantes : un fragment d’ADN d’origine néandertalienne, sur le chromosome 3, est associé à un risque accru de forme sévère de la COVID-19 (les porteurs ont environ 1,6 fois plus de risque que les non-porteurs, toutes choses égales par ailleurs). Un autre fragment, sur le chromosome 12, est au contraire associé à une protection (réduction de risque d’environ 20 %).

Ces résultats illustrent que l’ADN archaïque continue d’influencer notre biologie — mais ils n’autorisent aucune conclusion individuelle. La COVID-19 sévère reste une maladie multifactorielle où l’âge, les comorbidités, l’immunité préexistante et l’exposition virale pèsent bien plus que la génétique. Porter le variant à risque n’est pas une condamnation. Ne pas le porter ne protège pas. Les formules entendues çà et là — « le gène néandertalien qui tue » — relèvent de la mauvaise vulgarisation.


Ce que votre pourcentage de Néandertal NE dit PAS de vous

Encadré : ADN archaïque ≠ origines ethniques modernes

Ne confondez pas deux choses très différentes que les laboratoires affichent souvent dans le même rapport :

  1. L’ADN archaïque (Néandertal, Dénisovien) : héritage d’événements d’hybridation il y a 50 000 à 60 000 ans. Pourcentages très petits (0 à 6 %). Représente nos cousins humains éteints. Échelle : 50 000 ans.

  2. L’ADN ethnique moderne (carte 23andMe, MyHeritage) : estimation de la répartition géographique de vos ancêtres Homo sapiens sur les 500 à 2 000 dernières années. Pourcentages additionnant à 100 %. Représente vos racines récentes. Échelle : 500 à 2 000 ans.

Avoir « 2 % de Néandertal » n’a rien à voir avec être « 50 % français + 30 % italien + 20 % espagnol » sur votre carte ethnique. Pour aller plus loin, lisez notre guide pour interpréter vos résultats de test ADN.

L’image de l’« homme des cavernes » poilu, mâchoire prognathe — c’est une caricature qui ne dit rien des Néandertaliens réels (cerveaux aussi gros que les nôtres, outils sophistiqués, sépultures, probablement un langage). Surtout, ce n’est pas parce que vous portez 2 % d’ADN néandertalien que vous ressemblez à un Néandertalien. Votre apparence dépend de milliers de gènes, et l’écrasante majorité sont sapiens. Attention aussi à une confusion fréquente : « Cro-Magnon » désigne des Homo sapiens anciens, pas des Néandertaliens. Les deux espèces ont coexisté en Europe pendant 5 000 à 10 000 ans, mais Cro-Magnon est notre lignée, pas la leur.

Pas de hiérarchie : tous les humains portent de l’ADN néandertalien

Une étude majeure publiée dans Cell en 2020 (Chen et al.) a montré que les Africains subsahariens portent en réalité environ 0,2 à 0,3 % d’ADN néandertalien — pas zéro. Ce résultat, dû à des migrations de retour d’Eurasiens vers l’Afrique il y a environ 20 000 ans, a une portée fondamentale : tous les humains modernes, sans exception, portent une trace d’ADN néandertalien. La quantité varie selon les populations (de 0,2 % en Afrique subsaharienne à 2-2,5 % en Eurasie), mais l’humanité entière est génétiquement liée à ses cousins disparus. Cet héritage n’est ni européen, ni asiatique, ni africain. Il est humain.

La notion de « race » n’a aucun sens génétique en paléogénétique

Tous les Homo sapiens vivants partagent 99,9 % de leur ADN. Les variations génétiques entre deux Européens pris au hasard sont, en moyenne, plus grandes que les variations moyennes entre un Européen et un Africain. La diversité génétique humaine est continue, pas catégorielle. Avoir 2 % d’ADN néandertalien ne fait pas de vous « plus européen » ou « plus eurasien » que quelqu’un d’autre. Cela signifie simplement que vos ancêtres ont voyagé hors d’Afrique il y a 50 000 à 60 000 ans. Et puisque tous les humains modernes — y compris africains — portent un peu d’ADN néandertalien, personne n’a un « capital archaïque » qui le distinguerait des autres comme étant « plus pur ». Les tentatives de récupération identitaire de la paléogénétique reposent sur un contresens scientifique total.

Votre 2 % de Néandertal : statistique, pas déterministe

Votre 2 % d’ADN néandertalien ne fait pas de vous un type d’humain particulier. Il ne dit rien de votre apparence, de votre intelligence, de votre tempérament, de votre santé. Il dit seulement quelque chose de l’histoire profonde de votre lignée : il y a environ 50 000 ans, quelques-uns de vos ancêtres ont rencontré des Néandertaliens. Ils ont eu des enfants ensemble. Et 2 000 générations plus tard, vous êtes là, avec un peu d’eux dans vos chromosomes. C’est une histoire, pas un destin.


FAQ — ADN néandertalien et dénisovien : vos questions

Tous les humains ont-ils de l’ADN néandertalien ?

Oui, à des degrés très différents. Les non-Africains en portent en moyenne 1 à 4 %. Les Africains subsahariens en portent environ 0,2 à 0,3 %, en raison de migrations de retour il y a environ 20 000 ans (Chen et al., 2020). Aucune population humaine vivante n’a 0 %.

Comment connaître mon pourcentage exact d’ADN néandertalien ?

En mai 2026, 23andMe propose un Neanderthal Ancestry Report intégré (vérifiez la disponibilité actuelle). Si vous êtes déjà testé ailleurs, exportez vos données brutes et uploadez-les gratuitement sur GEDmatch pour utiliser son calculateur Archaic DNA Matches. Pour la précision maximale, Nebula Genomics propose du séquençage du génome entier avec rapport archaïque inclus (~250-300 USD).

MyHeritage ou Ancestry donnent-ils le pourcentage néandertalien ?

Non, ni l’un ni l’autre. MyHeritage et AncestryDNA n’ont jamais proposé ce calcul. Les deux services se concentrent sur l’ethnicité moderne et le matching ADN avec des cousins vivants. Si vous êtes déjà client de l’un des deux et curieux de votre pourcentage archaïque, exportez vos données brutes et uploadez-les sur GEDmatch (gratuit). Pour comparer ces deux laboratoires sur leurs cœurs de métier, consultez notre comparatif MyHeritage vs Ancestry pour les Français.

Quelle est la moyenne d’ADN néandertalien chez un Français ?

Environ 1,8 à 2,1 % de Néandertal, et moins de 0,1 % de Dénisovien (souvent indétectable). Aucune variation régionale française significative n’a été démontrée scientifiquement.

Peut-on hériter plus de Néandertal d’un parent que de l’autre ?

Oui, théoriquement. Vous héritez de 50 % de l’ADN de chacun de vos parents, mais pas exactement des mêmes 50 %. Les écarts au sein d’une population restent modestes — généralement inférieurs à 0,5 point.

Cro-Magnon, est-ce la même chose que Néandertal ?

Non. Cro-Magnon désigne des Homo sapiens anciens — les premiers de notre espèce arrivés en Europe il y a environ 45 000 ans. Néandertaliens et Cro-Magnons (sapiens) ont coexisté en Europe pendant environ 5 000 à 10 000 ans. Les Néandertaliens se sont éteints il y a environ 40 000 ans ; les Cro-Magnons sont devenus les Européens d’aujourd’hui.


Conclusion : une histoire partagée

Quand Svante Pääbo a reçu son prix Nobel en 2022, c’est aussi une certaine manière de raconter notre espèce qui a été récompensée — moins solitaire, moins « pure » que ne le suggéraient les manuels du siècle dernier. Homo sapiens n’a pas conquis la planète seul. Il a rencontré d’autres humanités, il s’est mélangé à elles, et il en porte encore les traces dans chacune de ses cellules.

Votre 1,8 % ou 2,1 % de Néandertal, et votre quasi-rien de Dénisovien si vous êtes français, ne disent rien de qui vous êtes en tant que personne. Ils racontent simplement, en filigrane, une histoire de lignée : il y a 2 000 générations, quelques-uns de vos aïeux ont rencontré ceux de quelqu’un d’autre, et un peu d’eux est resté. Cet héritage est partagé par les 6 milliards d’humains non-africains, et — depuis Chen et al. 2020 — par les 2 milliards d’autres aussi, en plus petite proportion. Tout le monde a du Néandertal en soi. C’est sans doute la leçon scientifique la plus importante des quinze dernières années en paléogénétique : nous sommes une humanité tressée, pas une lignée pure.

Si la curiosité vous prend de connaître votre propre pourcentage de Néandertal, et que vous n’avez encore jamais fait de test ADN, notre guide pour commander un test ADN généalogique en France en 2026 explique pas à pas comment procéder, légalement et au meilleur prix. Et si vous êtes déjà testé mais perdu dans votre rapport, notre guide pour interpréter ses résultats de test ADN vous accompagne dans la lecture des centimorgans, des origines ethniques modernes — à ne pas confondre avec votre ADN archaïque — et de la liste de cousins génétiques. Pour distinguer ce partage récent (mesuré en centimorgans avec vos cousins vivants) du pourcentage d’ADN néandertalien hérité il y a 50 000 ans, consultez notre tableau des centimorgans par lien de parenté.

Pour aller plus loin sur le plan scientifique, nous recommandons la lecture de Svante Pääbo, L’Homme de Néandertal : à la recherche des génomes perdus (Les Belles Lettres, 2015), et la consultation des dossiers de Pour la Science ou de La Recherche sur la paléogénétique. Le Musée de l’Homme à Paris consacre régulièrement des expositions à cette discipline qui reste, quinze ans après ses débuts grand public, l’un des champs les plus fascinants de la biologie contemporaine. Côté recherche internationale, les sites du Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology (Leipzig) et du Reich Lab (Harvard) publient régulièrement des actualités accessibles en anglais.


Article rédigé le 9 mai 2026 par l’équipe Racines ADN. Sources scientifiques principales : Green et al. 2010 (Science), Reich et al. 2010 (Nature), Sankararaman et al. 2014 (Nature), Vernot & Akey 2014 (Science), Huerta-Sánchez et al. 2014 (Nature), Mallick et al. 2016 (Nature), Sankararaman et al. 2016 (Current Biology), Slon et al. 2018 (Nature), Chen et al. 2020 (Cell), Zeberg & Pääbo 2020 (Nature) et 2021 (PNAS), Velazquez-Arcelay et al. 2023 (GBE). Les statuts des laboratoires mentionnés (23andMe, GEDmatch, Sequencing.com, Genomelink, Nebula Genomics) doivent être vérifiés à la date de votre lecture sur leurs sites officiels respectifs.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *